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[Nouvelle] Une nuit dans la forêt des Pierres Sombres

Participation à un concours d’écriture… Thème: « Tu n’oseras jamais… on parie ? »

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Une nuit dans la forêt des Pierres Sombres

Nan mais qu’est ce qui m’avait pris d’accepter ?  C’était tout moi ça : on me lance un pari stupide et je fonce tête baissée comme un adolescent qui carbure aux hormones. On pourrait croire qu’à trente ans on est doté d’une maturité suffisante pour éviter ce genre d’écueil, pensez-vous !  Et maintenant je me retrouvais dans une belle panade…

Enfin Bref, vous l’aurez compris, toute cette histoire de fou a commencé avec un défi idiot que m’avait lancé mon amie Anna — au passage, je ne sais pas encore si elle sera toujours mon amie si je me sors vivante cette aventure ; je me laisse le temps de la réflexion…

Comme tous les samedis, nous déjeunions ensemble et pendant que je finissais goulument mon éclair au café, notre conversation avait dérivé sur de vieilles légendes locales et plus particulièrement sur ce bois réputé hanté qu’il y avait à proximité de là. J’ai toujours été une abominable cartésienne ; aussi Anna, qui elle avait un certain penchant pour l’ésotérisme, tentait-elle régulièrement de me faire revenir sur mes positions à l’aide d’argumentaires tous plus farfelus les uns que les autres. Ce jour-là, excédée que je me refuse encore à admettre que l’inexplicable pouvait parfaitement être vrai, elle m’avait lancé ce challenge :

–  Tu n’oseras jamais passer une nuit seule dans la forêt des Pierres Noires, il paraît que même les gardes forestiers n’y mettent pas les pieds la nuit, dit-elle en frissonnant à cette simple pensée.

–  On parie ? Si je relève ton défi, tu ne me bassineras plus avec toutes tes histoires à dormir debout, d’accord ?

–  Ok, mais si tu perds ? Demanda-t-elle, goguenarde.

–  Si je perds ? ça n’arrivera pas, mais si ça peut te faire plaisir, je clamerai haut et fort sur mon blog que je crois au paranormal. Lui répondis-je, sûre que je n’aurais pas à le faire.

–  Ça roule Ali !

Là-dessus, nous avions achevé le repas en définissant les détails de mon expédition. Pour Anna, afin que tout ça soit valable, il fallait que je me passe de toute technologie durant cette fameuse nuit : pas de lampe de poche, pas de réchaud et ne parlons même pas d’un GPS. Elle m’interdit même de prendre une tente ! Quelle sadique tout de même. Elle savait que j’avais une sainte horreur des insectes…

Je serrai les dents à l’énoncé de tout ce dont j’allais devoir me passer car, je l’avoue sans aucune honte, je suis totalement accro à mon petit confort et tout ce qui le compose. Au fond, j’étais plus effrayée de devoir passer une quinzaine d’heures sans internet que de potentiellement croiser l’un des spectres dont m’avait parlé Anna.

Le soir même, elle m’avait donc déposée à l’orée de la forêt, uniquement chargée d’un sac à dos. Elle me fit un petit signe de la main, démarra et disparut quelques instants plus tard, la route redevenant désespérément déserte.

Le soleil n’était pas encore couché mais je réprimai un frisson en me retournant vers l’étendue arborée. Cette forêt avait quelque chose d’inquiétant. La perspective de tomber sur un tueur en série échappé de l’asile par exemple… Ou sur un ours !

Je ravalais bien vite ces craintes stupides. Il n’y avait pas d’ours dans cette partie du pays. Et si je commençais à me laisser aller à ces divagations ridicules, la nuit allait être très longue. Je respirai un grand coup, relevai la tête, bombai le torse et m’avançai sous la frondaison encore baignée par les rayons du soleil déclinant.

Je marchai pendant un moment qui sembla durer des heures et finis par tomber sur une clairière. Au centre de celle-ci se dressaient six gros rochers sombres, ceux qui avaient donné son nom à ce lieu. Comme convenu avec Anna, je m’avançai dans le cercle formé par cinq d’entre elles et posai mon sac près du rocher central, un peu plus plat que les autres. On aurait presque dit un autel primitif, mais j’avoue que je goutais peu à ce genre d’anecdotes pittoresques ; aussi m’installai-je dos contre la pierre en grognant et mangeai un morceau.

Tout se passa fort bien jusqu’au moment où j’entrepris de dormir, aussi m’enroulai-je dans mon sac de couchage en riant doucement de la naïveté d’Anna.

Je sombrai à peine dans le sommeil quand une présence me fit rouvrir les yeux. Je m’assis prestement et me retrouvai nez à nez avec ce qui ressemblait furieusement à un loup… le hic ? Il n’était pas plus sensé y avoir de loup que d’ours dans ce secteur. Mais j’avoue que celui-ci semblait particulièrement réel et furieux, ce que m’indiquaient ses babines retroussées et ses grognements menaçants. Je reculais mais fut bloquée par le rocher dans mon dos, c’est alors que le loup devant moi, hurla à la lune, d’autres cris lui répondant au loin. Pétrifiée, j’entendais ses acolytes qui approchaient…

Voilà comment je m’étais retrouvée là… à cause d’un stupide pari.

Perdue que j’étais dans mes réflexions, je n’avais pas vu les quatre autres loups m’encercler.  Chacun s’était posté devant l’un des rochers, y compris celui qui m’avait réveillée. Je les fixai, perplexe, quand je perçus d’étranges lueurs voletant entre les arbres et arrivant de toutes part. Plus ces dernières se rapprochaient, plus j’arrivais à les distinguer : on aurait dit des fées. Oui oui, des fées, ces petites créatures ailées et scintillantes.

L’une d’elles se posta devant moi et me tendit une pivoine mauve en riant de sa voix cristalline. Je pris la fleur, toujours aussi stupéfaite devant les loups, impassibles. J’entendis alors une voix résonner « Tu n’as rien à faire ici, mortelle ! Rendors-toi ! ». Je me retournai et aperçus le plus bel homme qu’il m’ait été donné de voir : grand, le teint halé, des yeux verts perçants… et vêtu de peaux de bêtes. Le plus étonnant étant sans doute les bois de cerfs qui ornaient sa tête. J’allais lui répondre quand je me réveillai subitement dans la clairière déserte.

Je souris. Tout cela n’était finalement qu’un rêve. Je tentai de me relever, pensant à la tête que ferait Anna devant mon triomphe, mais quelque chose dans ma main me gênait.

Je l’ouvris et y trouvai une pivoine mauve…